Les Pré-rencontres

Poitou-Charentes - Réussir l'accueil

Le 2 juin, une trentaine d’élus et d’acteurs de la vie locale se sont réunis dans le cinéma de Marthon pour débattre autour de l’accueil et nourrir ainsi les travaux de l’Université européenne en expériences et problématiques. Organisée par le Pays Horte et Tardoire, l’Université de Pays et le Collectif Ville-Campagne, cette pré-rencontre a permis aux différents acteurs de confronter leurs visions en ce qui concerne les nouveaux arrivants et la nécessité de l’accueil. Trois interventions se sont succédées durant la matinée : les enjeux de l’accueil, l’état des migrations en Poitou-Charentes et la politique d’accueil du Pays Horte et Tardoire, toutes suivies de vives discussions. L’après-midi, les participants ont échangé en ateliers autour de ce qui freine et ce qui améliore l’accueil des nouvelles populations sur leurs territoires.

 

Les trois enjeux principaux de l’accueil de nouvelles populations sont l’intégration des nouveaux arrivants, les services et les équipements, et l’accompagnement. "Les migrants sont en général des couples de 30-45 ans, avec de jeunes enfants, en recherche d’espace et de logements plus spacieux, motivés à 95% par le désir d’une meilleure qualité de vie," a rappelé Olivier Denoual, du Collectif Ville Campagne en ouverture de la pré-rencontre qui s'est déroulée le 2 juin en Poitou-Charentes. 38% souhaitent prendre un nouveau départ –par exemple une création d’activités- et 25% souhaitent retrouver leurs racines. Une enquête réalisée durant Projets en Campagne 2005, la troisième édition de la foire à l'installation, a montré qu’il y avait trois types de candidats au départ : 35% souhaitent créer une nouvelle activité, 28% reprendre une activité et 34% n’ont pas encore défini leur projet. Seuls 3% des visiteurs de cette foire souhaitaient trouver un emploi salarié. Les domaines d’activités prisés sont le commerce, l’artisanat, la culture, les services à la personne et aux entreprises. A noter, 60% des visiteurs n’avaient pas encore choisi leur territoire.

A propos de la mise en place de politiques d’accueil, deux tendances se dégagent au niveau des territoires : ceux qui constatent de nouvelles arrivées et cherchent à gérer le flux ; et ceux qui veulent générer de nouvelles arrivées. Dans tous les cas, une politique d’accueil vise à améliorer l’attractivité du territoire en agissant sur les conditions d’activités économiques, de réceptivité (logement, foncier), et d’habitabilité (environnement, vie socioculturelle). Les débats de décembre 2004 à Saint Brieuc pour Campagnes en Mouvement, la rencontre des acteurs de l'installation en milieu rural, ont rappelé que, pour mettre en place une politique d’accueil, il faut d’abord que l’accueil soit reconnu comme un enjeu majeur et décisif du développement rural. Il faut en outre travailler avec les différents niveaux de proximité (commune, communauté de communes, pays..), mobiliser des moyens spécifiques et faire évoluer les approches des professionnels en terme d’aménagement du territoire.

L'intégration, préoccupation forte des élus

Guy-Bernard Gravelle, vice-président du Pays Horte et Tardoire, a tenu à souligner le rôle primordial des associations locales sur la question de l’intégration, ainsi que l’effort à déployer pour développer les infrastructures routières et le transport en commun. Il a aussi évoqué le problème des nouveaux arrivants qui veulent trouver à la campagne, les mêmes services qu’en ville.

Pour le maire d’une commune près d’Angoulême, le plus important, c’est le foncier : « Quand on met en place des terrains à bâtir, on a des néo-ruraux. Leur première préoccupation, c’est de s’installer, avec le barbecue et la tondeuse, bien avant l’intégration ».

Patrick Borie, maire de la commune de Marthon, a exprimé un sentiment contraire « Ce n’est pas l’attractivité du territoire qui me tracasse mais bien de réussir l’accueil ». Il estime important de conserver l’identité des petites communes pour ne pas tomber dans la périurbanisation. Désireux d’accueillir dans de bonnes conditions, il prépare un projet de lotissement intégré au bourg. « C’est important, car si l’on place les néo-ruraux dans un désert vert à l’écart, on ratera l’intégration ». Justement, une néo-rurale installée depuis 20 ans dans un lotissement à l’écart du bourg de St Sornin a exprimé ses difficultés : « Je commence à être intégrée dans la région, mais pas dans mon village. Je n’y connais personne. Il n’y a pas d’accueil » regrette-t-elle.

Migrations en Poitou-Charentes

L’Institut atlantique d’aménagement du territoire (IAAT) a présenté un panorama des migrations en Poitou-Charentes. De 1954 à 1968, la région a connu un solde migratoire négatif, l’un des plus faibles parmi les régions de France. De 1968 à 1990, le solde est redevenu positif. L’attractivité s'est confirmée jusqu’en 1999, (4300 nouvelles personnes par an) et a encoreaugmenté entre 1999 et 2004 (5200 personnes/an). La population entrante se concentre autour de Poitiers, Angoulême, Niort, et sur le littoral, favorisant la périurbanisation et créant des espaces déficitaires entre les villes. Ces nouvelles populations arrivent principalement de l’Ile-de-France et des régions environnantes, et ont en moyenne plus de 40 ans.

Si l’on affine au niveau du département, on constate des différences : des nouveaux arrivants plus âgés en Charente Maritime, des jeunes entre 15-25 ans dans la Vienne (étudiants de Poitiers). A l’échelle des pays, le paysage migratoire se nuance encore. Ainsi, 37% de la population de la communauté d’agglomération de Poitiers est constituée des nouveaux arrivants, plutôt jeunes. Dans le Pays Royannais, ceux-ci sont essentiellement des plus de 40 ans. Le Pays Horte et Tardoire, lui, accueille plutôt des actifs entre 30 et 39 ans.

L’étude de l’IAAT s'est également penchée sur l’arrivée des britanniques en Poitou-Charentes. C’est un phénomène récent –depuis 1990- qui, au départ, concernait surtout des retraités et évolue aujourd’hui vers de jeunes actifs qui créent des activités, notamment touristiques.

Les migrants nord-européens, sujets à débat

Une chargée de mission dans le Périgord vert a indiqué que 10% des élèves de certaines écoles de son territoire sont anglais et qu’à la crèche de Mareuil, il y a 18 petits anglais. Pour favoriser l’intégration de ces populations, la communauté de communes a chargé Sally Jarraud, anglaise mariée à un français, de les aider dans leurs démarches administratives.

Mlle Gandon, chargée de mission Europe au conseil général de la Charente, qui a effectué une étude sur les nord-européens du département, a expliqué qu’il y a aussi un certain nombre de migrations-retours, dues à des problèmes d’intégration et d’emploi. « Il y a une nécessité de fixer ces migrations » a-t-elle expliqué. Ce qui a soulevé aussitôt la question d’un élu : « Quel intérêt y a-t-il à fixer ces Anglais en Charente ? ». Pour M. Fougère, élu sur le Pays Horte et Tardoire, il ne faut pas confondre les britanniques riches et retraités en quête de soleil, et les actifs qui cherchent à s’intégrer. Il a cité la réussite d’un restaurant créé par un anglais. Avec un bémol, toutefois : la clientèle est majoritairement britannique, ce qui en fait un lieu quasi anglo-saxon. Pour Mlle Gandon, « Les Anglais ne viennent pas seulement parce que le logement est moins cher, mais aussi parce qu’ils ont un projet de vie.» Et d'ajouter : « C’est quand même difficile de quitter son pays. »

Certains élus sont dubitatifs quant à l’intérêt d’investir pour l’accueil de ces nouvelles populations et ont posé la question de l’évaluation. « Ils restaurent les ruines avec goût et créent des emplois, comme le restaurant par exemple » a répondu M. Fougère. Jean-Pierre Treny, président du conseil de développement de la Charente, a souligné que ces migrants nord-européens s’intègrent bien dans le tissu associatif local et participent aux animations proposées. M. Mounier a exprimé une vision plus négative : « Certes, les Anglais ont redonné le goût de la pierre apparente mais ils rénovent seuls et le résultat est tape à l’œil. Personnellement, je ne vois pas l’intérêt d’attirer des retraités anglais qui ne font qu’augmenter le prix du foncier ». Pour conclure ce débat, un élu a rappelé que « nous ne devrions pas juger les origines des gens. Il n’y a pas que les Anglais. Quel maire échangerait de riches anglais contre des Rmistes ? Le plus important, c’est que tout le monde se sente intégré. Nous n’avons pas à choisir, l’objectif est de favoriser la mixité sociale. »

Leader, soutien à la politique d’accueil du Pays Horte et Tardoire

L’accueil est au cœur de la politique du Pays puisque c’est le thème choisi dans le cadre du programme européen Leader + sur ce territoire. L’accueil figure également dans la charte de développement du pays. Six types d’actions sont subventionnables par Leader, comme l’a expliqué Karine Farineau, chargée de la mise en œuvre de ce programme européen. Ces actions peuvent être à destination des collectivités locales, des entreprises, des associations ou des particuliers : suivi de l’évolution du territoire, amélioration du cadre de vie, maintien et développement d’entreprises, diversification de l’offre des services et de loisirs, renforcement de l’attractivité du territoire, travaux sur la formation et l’intégration. En outre, Karine Farineau accueille tous les porteurs de projets qui souhaitent demander une aide financière pour la création ou la reprise d’entreprises.

M. Savin, qui vient de créer une entreprise de services aux entreprises à St Sornin, a témoigné de sa réussite et du soutien qu’il a reçu : les aides Leader + lui ont permis d’acheter du matériel et de créer un emploi. Le fait d’être basé à St Sornin plutôt qu’à Angoulême lui permet d’élargir sa clientèle aux petites entreprises locales. Sa société emploie aujourd’hui 5 salariés. « Mais nous avons eu des difficultés à trouver du personnel qualifié » a-t-il précisé. D’où la volonté des élus de développer la formation professionnelle.

Auguste Templier, président de l’Université de Pays a remarqué que « dans certains cas, l’aide de Leader ne représente que 15% mais les entrepreneurs ont une satisfaction évidente de voir que l’on s’intéresse à eux. En matière de développement territorial, le contact élus-entrepreneurs est à cultiver, au-delà du prétexte de Leader+ ». Il a également souligné la bonne coopération entre les différentes communautés de communes et le pays. Signe du dynamisme et du bon fonctionnement en réseau, les cinq communautés de communes ont lancé une OPAH (opération programmée d'amélioration de l'habitat) en même temps, sur l’ensemble du territoire. Le Pays développe également un fonds pour la culture et souhaite s’investir dans le tourisme, par une mise en réseau des trois offices de tourisme locaux.

Plusieurs élus ont par ailleurs constaté que Leader a joué un rôle d’accélérateur dans la collaboration entre les communautés de communes et le Pays.

Réussir l'accueil

Plusieurs ateliers ont planché l'après-midi sur les freins à l'accueil de nouveaux habitants mais se sont employés à formuler idées et propositions pour avancer.

Les freins et les blocages à l’accueil

- Le coût de l’arrivée de nouvelles familles, notamment dans les nécessaires investissements de l’école (par exemple, à Coulgens, il y a 35 élèves en maternelle).

- Le souci de conserver la particularité agricole des campagnes et le refus que les campagnes se transforment en villes, tant au niveau du paysage, des activités que de la densité de population.

- Pour le nouvel arrivant, le manque de lisibilité pour tout ce qui concerne l’organisation du territoire. S’il trouve facilement ses repères en ville, il a besoin d’être accompagné pour comprendre comment se structure un territoire rural.

- Le manque d’intérêt de certains nouveaux arrivants, qui ne manifestent pas l’envie de s’intégrer (par exemple, à Coulgens, la mairie organise chaque année une journée d’accueil pour les nouveaux arrivants. Ils sont tous invités personnellement, mais très peu se déplacent. En revanche, ceux qui viennent sont ravis).

- Les résidences secondaires et le manque de lien social.

- Les idées reçues (par exemple : à la campagne, il ne se passe rien… Donc on ne cherche même pas à savoir).

- Le nombre trop élevé de structures liées à l’accueil. Le système français est trop compliqué, certaines fonctions se chevauchent et cela pose, en outre, des problèmes d’enveloppes budgétaires (par exemple, rien que dans l’agriculture, il y a 52 cigles).

Idées et propositions

- Plutôt que la création de nouvelles structures, privilégier la mise en réseau des différents acteurs. Améliorer leur lisibilité en mettant en place un guichet unique ou un référent par domaines d’actions (par exemple, un référent création/reprise d’activités, un autre responsable du projet de vie etc.).

- Organiser des pots d’accueil pour des nouveaux arrivants.

- Utiliser l’école comme facteur d’intégration (par exemple, réaliser une brochure d’accueil illustrée par les enfants, en collaboration avec les instituteurs, de manière à impliquer les parents).

- Développer les services liés à l’enfance.

- Améliorer la communication des différentes institutions afin que leurs fonctions soient mieux repérées (par exemple, insérer une page dédiée à la communauté de communes et une page dédiée au Pays dans les bulletins communaux).

- Élargir le rôle des offices de tourisme en les formant à l’accueil et à la communication du territoire pour les résidents.

- Accueillir en anticipant sur l’avenir (par exemple, penser que les enfants deviendront lycéens).

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