Les Pré-rencontres
Massif Central - Quels facteurs de réussite et quels freins à l'installation de nouvelles populations ?
Trente-quatre personnes (élus, services de l'Etat, des départements, techniciens d'intercommunalités, PNR, consulaires) ont répondu à l'invitation de l'Association Créer et Vivre en Massif Central et du Collectif Ville Campagne pour une journée de travail, le 13 avril à Aumont-Aubrac en Lozère, sur la thématique des facteurs de réussite, des freins et des blocages à l'installation de nouvelles populations sur les territoires du Massif Central. La question sous-jacente abordée au cours de la journée a été le rôle des territoires dans la construction et la mise en oeuvre des politiques d'accueil.
L'objectif de la journée du 13 avril à Aumont-Aubrac était double : nourrir les débats de l'Université européenne de l'Accueil et poursuivre la réflexion engagée par l'Association Créer et Vivre en Massif Central. La matinée a été consacrée à un temps d'échanges en ateliers, l'après-midi a permis de s'interroger sur les facteurs de réussite et sur les points de blocage à travers le témoignage de plusieurs territoires avec des expériences et une organisation différente.
Motivations croisées
Bernard Farinelli, directeur du Développement Local au conseil général du Puy-de-Dôme, auteur d'ouvrages en lien avec le milieu rural - Pour la Campagne. Quitter la ville mode d'emploi – a permis de lancer le débat et de donner les pistes de réflexion abordées lors des ateliers. En analysant les installations de nouvelles populations en milieu rural, Bernard Farinelli distingue plusieurs catégories de populations : les personnes qui s'installent en zone rurale mais qui continuent de travailler en ville (participent au phénomène de gentrification) ; les personnes qui s'installent en milieu rural pour travailler (ce qui peut parfois impliquer un changement de métier) et enfin celles pour qui le milieu rural apparaît comme plus facile à vivre (autarcie) et qui font ce choix pour des questions financières. « Ces différentes motivations peuvent être croisées, explique-t-il, et d'autres désirs peuvent également entrer en ligne de compte : besoin de campagne, désir d'entreprendre… »
Ce phénomène d'installation en milieu rural implique tout un questionnement. Le nombre d'entreprises artisanales et commerciales potentiellement à reprendre dans les années à venir, peut pousser les territoires à se concentrer sur de l'accueil d'"actifs". Cependant c'est souvent la démographie qui est synonyme de création d'emploi. Les services publics et privés dépendant de la population en place (santé, école, loisirs…). L'entrée démographique semble donc capitale. Face à ce mouvement d'installation une collectivité a deux choix possibles : laisser faire puisque le phénomène est déjà en place, ou bien agir et orienter. La question de l'échelon d'intervention apparaît très souvent (parc, pays, communauté de communes, …). Mais il faut surtout se demander qui agit et chercher à agir en complémentarité. La population locale doit être consciente de l'enjeu démographique pour son territoire et doit s'approprier le dispositif d'accueil de nouvelles populations. Mais certaines populations ont peur de ce mouvement migratoire ou le refusent. Il est question ici des représentations mentales, de l'image de marque du territoire plus ou moins porteuse. A noter le rôle des élus locaux et des techniciens dans l'appropriation des dispositifs. L'évaluation des dispositifs d'accueil de nouvelles populations est encore à inventer : critères quantitatifs et qualitatifs à construire.
Améliorer la qualité de l'accueil des territoires
Selon Bernard Farinelli, trois pistes semblent à traiter pour améliorer la qualité de l’accueil par les territoires : innover, de façon globale , tant du côté des élus que des techniciens et de la population, faire preuve de créativité, être à l’écoute des porteurs de projet , notamment pour des projets atypiques ou agri-ruraux car ce sont eux qui s’apprêtent à vivre sur le territoire, faire découvrir son territoire de façon à ne pas en présenter que son côté misérabiliste.
Deux ateliers en parallèle ont permis d’échanger sur les facteurs de réussite, les freins et les blocages afin de dégager les conditions nécessaires à l'installation de nouvelles populations.
La prise de conscience et le portage politique sont indispensables pour tout dispositif d'accueil de nouvelles populations. Souvent on constate une faible mobilisation des élus. Cependant, même si les dispositifs font l'unanimité il faut également mettre des moyens humains et financiers pour l'accompagnement et le suivi des porteurs de projets. Ces coûts peuvent souvent freiner certains décideurs d'autant plus que les critères de mesure et d'évaluation des politiques d'accueil sont souvent absents.
Le territoire doit disposer d'une offre d'accueil : activité, logement, services (loisirs, …), il doit la connaître et la faire connaître. Le logement est un problème crucial il faut être inventif et proposer des solutions pour la maîtrise du foncier et de l'habitat.
Face à la multitude d'acteurs professionnels (consulaires, agents de développement, …) une organisation en réseau paraît indispensable : amélioration de la lisibilité, complémentarité d'interventions pour l'accompagnement des candidats à l'installation. Si des organisations entre acteurs sont de plus en plus nombreuses le cloisonnement entre structures persiste encore.
Le projet de territoire nécessaire
Le projet de territoire (diagnostic, enjeux, démarche partenariale, appropriation des acteurs, …) semble donc être la condition nécessaire pour l'accueil de nouvelles populations : volonté et portage politiques, ingénierie, moyens financiers, techniques, …
Les axes de réflexions des deux ateliers peuvent être analysés sous trois aspects différents : aspects sociologiques, techniques et politiques. Sur le plan sociologique, les territoires doivent connaître une double mobilisation : celle des élus mais aussi celle des populations locales parce que ce sont elles qui accueillent. Il y a donc tout un travail à conduire en amont pour ouvrir les mentalités et leur donner confiance dans les potentialités de leur territoire. Il s'agit pour les habitants d'offrir une image positive du territoire et devenir un véritable "ambassadeur". Les candidats à l'installation doivent avoir une meilleure connaissance du milieu rural et doivent se confronter à sa réalité afin d'éviter toute désillusion. Sur le plan technique, le problème du logement et de l'accessibilité au foncier sont des points de blocage cruciaux . Il n'existe pas de recette miracle ; quelques débuts de solutions existent à travers la mise en place d'observatoires du logement, d'opérations de réserve foncière ou d'opérations programmées d'amélioration de l'habitat (OPAH). Il faudrait augmenter le nombre de logements vacants et notamment le locatif pour pouvoir être réactif en cas de demande. La constitution de réseaux d'acteurs professionnels permet le partage, la circulation de l'information tout en assurant un accompagnement des porteurs de projets efficace (complémentarité et transversalité entre les acteurs). Ces organisations formalisées ou non permettent également une meilleure lisibilité pour le candidat à l'installation. Enfin, sur le plan politique, la place des élus est essentielle . Néanmoins, il semble qu'il y ait encore un manque de sensibilisation et d'information. La stratégie des territoires d'"accueil" doit prendre en compte la promotion des dispositifs et des expérimentations. L'objectif de cette démarche est à la fois d'entraîner et de mobiliser les territoires pour une meilleure mutualisation des expériences et aussi de faciliter l'innovation et la créativité.
Les acteurs témoignent
Dans l'après-midi, le témoignage d'acteurs de territoires situés en Massif Central a permis de mettre en évidence la diversité d'organisations et d'exposer des expériences, des outils et des perspectives de développement. Ont témoigné Marie-Béatrice Venturini-Lenoir pour la Mission Accueil du conseil général de l'Allier, Jean-Marc Hennequin (élu) et Jérôme Dupraz, pour la communauté de communes de la Chaise-Dieu, David Commeat, pour la Maison des Services des Monts du Forez et Bertrand Pellet (élu) Anne Hugon, pour le Groupe d'Action Locale Espace Cévennes. Ils sont revenus sur les conditions nécessaires à l'installation de nouvelles populations
- l'existence d'une prise de conscience des enjeux du territoire, d'une volonté locale forte et d'une volonté politique,
- la capacité à faire émerger et à formaliser l'offre du territoire (activité, logement, services, …) veille permanente des potentiels et des besoins du territoire,
- l'organisation locale (outils transversaux et complémentarité entre les structures) qui facilite la relation entre l'homme (candidat à l'installation) le territoire et le projet : réseau de partenaires (conventions avec les consulaires, l'ANPE, …), référent, outil d'intégration des porteurs de projets (sessions d'accueil d'actifs), suivi post-installation.
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