Les Pré-rencontres
Auvergne - La culture de l'accueil : freins et leviers ?
Les 15 mars, 10 avril et 6 juin, les acteurs d'Auvergne se sont réunis en ateliers. L'un d'eux était concentré sur la culture de l'accueil. Une démarche à long terme mobilisant ingénierie et communication. Un pari basé sur la convivialité, l’agitation et l’ouverture dans les territoires.
Lors de la 1ère réunion, les participants ont tenté de définir ce que peut être une culture de l’accueil. C’est la confrontation de systèmes de valeurs différents, d’autres manières d’appréhender le monde et correspondant à des phénomènes psychologiques mais aussi surtout sociologiques, à décoder. Définir la culture de l’accueil conduit à s’interroger sur quelles sont les populations qui migrent, selon quels choix, sous quelles contraintes ? Influer positivement sur la culture de l’accueil, c’est s’engager dans la gestion de stratégies de changement. Il s’agit de construire des représentations différentes pour construire quelque chose de neuf. Pour faire changer les choses, le plus difficile est d’agir sur ce qui est structurant. Il semble plus facile d’échanger sur du quotidien, comme par exemple la gastronomie comme jeu de séduction à mettre en œuvre (cf livre de recette « Cousins Cuisine » du Limousin)
Un frein essentiel semble être celui de la peur de l’autre. La culture de l’accueil nécessite d’abord une appréhension de l’autre puis une volonté d’aider l’autre. D’où la traduction de la question de l’émergence de la culture de l’accueil en deux items : Comment développer l’invitation ? Et comment développer la culture de l’intégration ?
Il s’agit de résoudre le pourquoi de la peur de l’autre et comment faire pour valoriser la valeur ajoutée de l’autre à la collectivité.
L'équilibre d'une micro société
Les participants à cet atelier ont donc proposé quelques pistes. Il serait judicieux de diagnostiquer les freins sur les territoires : peur de l’autre ; fierté de sa propre culture, frein ou atout ? ; l’autre est-il vécu comme un atout pour le développement local ou comme un risque ? Les outils pourraient être mis en œuvre : une enquête auprès des élus municipaux, confiée à l’Enitac ; une enquête auprès des territoires, sur les expériences de rejets, une relecture des assises, pour en analyser les éléments négatifs ? Un outil comme la « conférence citoyenne » peut être un bon dispositif impliquant élus et administration pour faire émerger des recommandations.
Pour construire la culture de l’accueil, il faut aussi identifier sur chaque territoire, les atouts à mettre en avant par exemple pour des sessions d’accueil.
Lors de la seconde réunion, les participants à l’atelier sont revenus sur les conditions préalables à l’accueil : il faut être convaincu de la nécessité d’accueillir et connaître les conséquences positives et négatives de l’arrivée de l’autre.
La peur irrationnelle (traditionnelle) de l’autre correspond à un repli sécuritaire sur un monde connu, un rejet sur l’autre de tous les problèmes nouveaux (phénomène du bouc émissaire) ou une réaction quand l’autre est un être fantasmé, dépositaires de tous les travers qui peuvent remettre en question l’équilibre d’une micro société. Cette attitude relève d’un déficit de connaissance de l’autre et d’un manque de confiance en sa propre culture
Les participants ont également relevé un déficit d’histoire partagée qui entraîne des conflits d’usage. Il résulte en particulier d’un manque de connaisance de l’accueillant par l’accueilli.
Un autre frein à l’accueil tient à la représentation de l’autre comme un concurrent, en particulier dans un contexte de pénurie de l’emploi, mais aussi concurrent par rapport au foncier.
Emergence de nouvelles identités
La culture de l’accueil est un concept difficile à cerner. Pour certains, on se construit essentiellement contre quelque chose. En milieu rural, il y a autant d’histoire à comprendre qu’il y a de communes. L’intérêt aujourd’hui est l’émergence de nouvelles identités, les identités intercommunales. Il s’agit d’un champ nouveau dont il faut peut-être profiter pour renforcer la culture de l’accueil. Cette culture est à construire. Une culture ne se plaque pas, elle s’élabore.
La valorisation du patrimoine est souvent un élément déterminant de la construction culturelle par un groupe social. Un des dangers est de confier cette mission à des spécialistes, alors que la valorisation du patrimoine par la population permet de lutter contre l’autodénigrement. Car l’un des freins à l’installation de nouvelles populations est l’image négative que transmettent les gens du cru concernant leur propre territoire. Cela correspond, par exemple dans le Cantal, à l’effet retour de la diaspora et à la tradition du départ des élites.
Quelques propositions ont été formulées. Bernard Magnaudet, de l’Agence Entreprendre au Pays d’Aurillac, lance l’idée d’une opération régionale villages en fête autour de la notion de l’accueil un ensemble de manifestations labellisées. « Il suffirait de repérer des acteurs, d’apporter de l’ingénierie, par exemple dans cinq villages par département », propose-t-il.
D’autres suggèrent qu’une association par microterritoire pourrait aider les gens à se rendre compte de ce qu’est le pays (exemple Pierrefort) ou qu’il est possible de travailler sur la culture par le local. « Un territoire qui possède la culture de l’accueil, c’est un territoire qui travaille sur le long terme et qui est apte à se mettre en perspective », estime Sylvain Monier.
Proposer des messages positifs
Pour se faire, il faut s’appuyer sur les plus actifs, laisser les gens imaginer ce qu’il faut faire et les aider sur l’ingénierie et la communication. Pour convaincre de la nécessité de l’accueil, il faut aller sur des messages positifs, travailler là où il existe déjà des gens installés ; mélanger les publics en espérant que cela conduise à des expériences exemplaires. Il faut identifier des endroits où cela marche sur le territoire Auvergnat, organiser la participation et mieux identifier ou tester les méthodes d'animation. Il faudrait mettre en place une structure de veille sur les territoires dans ce domaine. Sur le pays d’Issoire, par exemple il serait bien de prendre en compte ce qui ce fait dans le cadre du pays d’art et d’histoire.
Les différents outils à mettre en place doivent faire appel à l’interconnaissance des populations, au partage des cultures, des histoires, à la convivialité.
Les conférences citoyennes peuvent être d’une aide précieuse pour faire prendre conscience de l’importance de la fonction d'accueil de nouvelles populations des territoires.
Le théâtre, suivi de débat peut aussi être utile pour décoder nos comportements. Enfin, la mobilisation de groupes autour d’un travail sur le patrimoine est aussi un excellent moyen de partager une histoire commune.
Quoi qu'il en soi, pour qu’un territoire fonctionne bien, il faut que les jeunes puissent partir et revenir dans leur territoire. D’où l’idée qu’il faut introduire de l’agitation et de l’ouverture dans les territoires.
Enquête auprès des communes
En Auvergne, une enquête a été lancée et confié à l’Enitac. Dans le meilleur des cas, il aurait fallu interroger l’ensemble de la population d’Auvergne ou un échantillon représentatif (sociologiquement et territorialement), ce qui aurait été extrêmement lourd ou complexe et donc long à organiser.
Le choix qui a été fait est celui de s’adresser aux conseillers municipaux de l’ensemble des communes de la région Auvergne, en tant qu’élus proches de la population, connaissant les enjeux et acteurs potentiels de l’accueil, essentiels.
Le questionnaire lancé sur la région peut être croisé avec des enquêtes nationales comme celles de Mairie Conseils.
1000 questionnaires ont été reçus sur les 16000 diffusés. Ils devraient permettre d'élaborer une base de données pour dégager des enseignements pour la politique d'accueil en région.
Quelques expériences citées
- En pays d’Aurillac, le regroupement de chefs d’entreprise en un club de repreneurs propose un véritable accueil du nouveau chef d’entreprise en lui offrant d’emblée l’ouverture sur un réseau professionnel.
- Sur le communauté de communes Cère et Rance, de nouveaux habitant offrent aux autres habitants un cochon grillé, avec la complicité de la commune.
Cet évènement convivial sur une journée, à échelle communale constitue une amorce de démarche à consolider. Elle révèle le rôle pivot des élus locaux entre population autochtone et nouveaux installés.
Pistes de témoignages pour l’atelier Culture de l’Accueil de l’Université de l’accueil de nouvelles populations :
- expérience de Cère et Rance
- un industriel du club des entrepreneurs d’Aurillac
- Télé MilleVache (témoignage ou K7)
- Mairie de Cunlhat
- Mairie de Châtel Montagne
- Documentaire sur la communauté de communes portes de Gascogne
- Animateur développement durable de la communauté de communes de Decazeville-Aubin.
- communauté de communes de la Vallée de l’Ance (campagne de sensibilisation de la population)
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